Lorsqu’un collaborateur se fait soudainement mal au dos, on considère souvent qu’il s’agit d’un incident malheureux. Pourtant, un tel incident cache souvent une réalité plus complexe. Pour les conseillers en prévention et les employeurs, il s’agit d’un signal précieux qui peut contribuer à identifier les risques ergonomiques et à renforcer davantage la politique de prévention.
Une étude à grande échelle menée par Liantis sur plus de 216 000 accidents du travail en Belgique montre que les mouvements corporels inattendus, les pertes de contrôle et les glissades figurent parmi les causes les plus fréquentes de lésions.
Bien que l’ergonomie soit souvent associée à des contraintes physiques de longue durée, elle joue également un rôle important dans les incidents aigus. Dans la pratique, ce lien reste encore trop peu pris en compte. Il arrive dès lors parfois que l’on passe à côté d’occasions d’agir à temps sur les risques.
Le registre des premiers secours est bien plus qu’une simple obligation légale. En enregistrant et en analysant systématiquement les soins prodigués et les incidents, il devient possible d’identifier des tendances récurrentes et de mettre au jour des risques sous-jacents.
C’est pourquoi il est important d’encourager les collaborateurs et les responsables d’équipe à signaler également les incidents mineurs. Une écorchure, un faux pas ou un mouvement douloureux peuvent sembler anodins, mais ils révèlent souvent quelque chose sur les contraintes physiques présentes sur le lieu de travail. Quelle tâche le collaborateur effectuait-il ? Dans quelles circonstances l’incident s’est-il produit ? Et cette situation peut-elle être rendue plus sûre ou plus ergonomique ?
Une analyse menée au sein d’une entreprise agroalimentaire montre, par exemple, que plus d’un quart des soins enregistrés étaient associés à un risque ergonomique au moment de la lésion. Les activités telles que soulever, porter, tirer et pousser revenaient particulièrement souvent.
Il est donc important de ne pas enregistrer uniquement la lésion elle-même, mais également les risques ergonomiques présents au moment de l’incident. Cela permet d’obtenir une vision plus complète des causes et des actions d’amélioration possibles.
Une lésion dorsale aiguë est souvent attribuée à un mauvais mouvement. En réalité, la cause est généralement plus profonde. Des facteurs tels que l’aménagement du poste de travail, l’espace disponible pour se déplacer, le poids des charges, l’organisation du travail ou encore la pression temporelle influencent la manière dont les collaborateurs bougent et travaillent.
Une lésion au dos est donc rarement due à un seul mouvement inapproprié. Elle résulte souvent d’une combinaison de circonstances qui exposent de manière répétée les collaborateurs à des postures et à des mouvements contraignants.
C’est précisément pour cette raison que les employeurs sont tenus d’identifier les risques ergonomiques au moyen d’une analyse des risques. Cela permet de repérer les facteurs de risque biomécaniques et autres facteurs de risque, et d’agir sur ceux-ci avant qu’ils ne provoquent des douleurs ou des lésions.
Dans de nombreuses organisations, l’ergonomie n’est prise en considération qu’après l’apparition de plaintes ou la survenue d’un incident. Une politique d’ergonomie durable va plus loin. Elle intègre l’ergonomie dans les analyses des risques, les formations, les processus d’achat, la conception des postes de travail et les trajets de réintégration.
Sa réussite repose également sur l’implication de tous les niveaux de l’organisation : de la direction et des responsables d’équipe jusqu’aux collaborateurs présents sur le terrain.
L’ergonomie contribue ainsi non seulement au bien-être des collaborateurs, mais aussi à une productivité accrue, à davantage d’efficacité et à une employabilité durable.
Une lésion soudaine au dos est rarement un événement isolé. Elle fournit des informations sur le poste de travail, l’organisation du travail, l’environnement de travail ou encore le matériel utilisé.
En prenant ces signaux au sérieux et en les intégrant de manière structurelle dans la politique d’ergonomie, il est possible de réduire le risque de futurs incidents tout en contribuant à créer un environnement de travail plus sûr, plus sain et plus efficace.