Bien-être au travail

Les capteurs portables ou wearables sont-ils utiles pour prévenir les troubles musculosquelettiques ?

Rédigé par Ellemijn Van Puymbroeck | 30 juin 2026

Les troubles musculosquelettiques liés au travail (TMS) constituent l’un des plus grands défis en matière de prévention et de médecine du travail. Les nouvelles technologies, comme les capteurs portables ou « wearables », semblent dès lors offrir une solution intéressante. Mais qu’apportent-ils réellement aujourd’hui ? Dans cet article, vous trouverez un aperçu clair de ce que sont les wearables, de la manière dont ils sont utilisés et du rôle qu’ils peuvent jouer en ergonomie et en prévention.

 

Que sont les wearables et quels types de capteurs existent ?

Les wearables sont des capteurs portables que l’on fixe sur le corps ou que l’on intègre dans les vêtements de travail. Ces capteurs permettent :

  • de collecter des mesures continues et objectives concernant la posture, le mouvement et/ou des paramètres physiologiques ;
  • de fournir un feedback en temps réel ;
  • d’effectuer des mesures dans l’environnement de travail réel mais aussi dans de futures situations de travail via la réalité virtuelle.

Dans l’étude1 consacrée à l’ergonomie, nous voyons apparaître différents types de capteurs  

  •  Capteurs inertiels - IMU (accéléromètre, gyroscope, magnétomètre) 
    • Mesurent la posture et le mouvement, la vitesse et l’orientation.
    • Ce sont les plus utilisés dans les études analysées (± 64 %).
    • Points forts : idéaux pour mesurer la posture et le mouvement dans des situations réelles et confortables à porter.
    • Limites : sensibles aux interférences magnétiques et nécessitent de nombreux capteurs pour un suivi complet du corps.

  • Capteurs EMG  
    • Mesurent l’activité et la fatigue musculaires.
    • Points forts : intéressants pour les tâches répétitives ou physiquement lourdes.
    • Limites : plusieurs fils, influence de la transpiration, calibration nécessaire.

  • Capteurs de pression
    • Analysent la pression des pieds et la répartition du poids.
    • Points forts : pour l’analyse de la marche et de l’équilibre (risque de chute) et faciles à combiner avec des semelles.
    • Limites : limités à la force ou à la pression et n’enregistrent pas le mouvement.

  • Optoélectronique (fibre optique)
    •  Mesurent le mouvement de la colonne vertébrale et des articulations ainsi que la posture. 
    • Points forts : sans interférences magnétiques et intégrables dans les vêtements.
    • Limites : principalement utilisés en laboratoire et pas encore distribués commercialement.

  • Soft wearables (base textile)
    • Mesurent la posture du corps, la charge et la pression. 
    • Points forts : faciles à intégrer dans les vêtements ou les EPI, confortables et adaptés à un usage prolongé.
    • Limites : technologie encore à ses débuts.
  • Clinomètres (ou inclinomètres)
    • Mesurent les angles des membres et du corps.
    • Utilisés dans une seule étude.
    • Point forts : appareil de mesure simple.
    • Limites : limités à 1 axe et peu adaptés aux mouvements complexes 

La fusion des capteurs constitue une évolution importante qui consiste à combiner plusieurs capteurs pour mesurer simultanément le mouvement et la charge.

Les wearables peuvent-ils modifier le comportement ?

Certains wearables vont plus loin et fournissent un feedback immédiat lorsqu’un travailleur adopte une posture « défavorable ». Cela peut se faire via un signal vibratoire, un son ou une alerte visuelle. La question qui se pose : cela fonctionne-t-il aussi à long terme ?

 Les études scientifiques2-7 montrent que : 

  •  les travailleurs améliorent leur posture à court terme lorsqu’ils reçoivent un feedback ; 
  •  le temps passé dans des postures défavorables peut ainsi diminuer ; 
  •  l’adaptation comportementale se produit plus rapidement tant que le feedback est actif. 

En même temps, il est important de nuancer. À ce jour, des preuves solides d’un effet durable à long terme font encore défaut. Ainsi, il n’existe pas suffisamment de preuves que ces systèmes entraînent un changement de comportement durable une fois le feedback supprimé, ni qu’ils préviennent effectivement les troubles musculosquelettiques dans des environnements de travail réels.

En d’autres termes : au mieux, ces wearables peuvent aider à court terme à réduire le temps pendant lequel on travaille dans des postures moins favorables, mais rien ne prouve encore que ces effets soient durables ni que ces adaptations posturales conduisent à moins de troubles musculosquelettiques à long terme.

Une valeur ajoutée pour l’analyse des risques ergonomiques ?

Les wearables offrent assurément des possibilités intéressantes dans les analyses ergonomiques. Par rapport aux méthodes classiques (comme les observations et les entretiens), ils présentent quelques avantages clairs :

  • moins d’estimations subjectives ;
  • un suivi continu plutôt que des instantanés ;
  • une meilleure détection des postures et des charges à risque ;
  • un renforcement des méthodes d’analyse existantes ;
  • une intégration dans des équipements de protection individuelle intelligents.

Il est toutefois important de nuancer. Les capteurs fournissent des données, mais celles-ci doivent encore être interprétées, tous les facteurs de risque ne sont pas mesurés (comme la force ou l’environnement de travail), et le contexte reste crucial pour tirer les bonnes conclusions.

C’est pourquoi les observations, les visites sur le lieu de travail et la concertation avec les travailleurs restent essentielles. Dans la pratique, les wearables fonctionnent le mieux comme complément, et non comme remplacement d’une analyse des risques ergonomiques. Une approche intégrée reste donc recommandée8,9.

 

Conclusion : la technologie comme un outil mais pas comme une solution

Les wearables peuvent jouer un rôle précieux en ergonomie et en prévention. Ils fournissent des informations objectives et aident à mieux cartographier les risques.

Mais en même temps, il est important d’aborder leur impact de manière réaliste :

  • ils ne remplacent pas une expertise ergonomique ;
  • ils ne se substituent pas au dialogue avec les travailleurs ;
  • ils ne résolvent pas les problèmes structurels dans l’organisation du travail.

La prévention des troubles musculosquelettiques liés au travail repose avant tout sur une organisation réfléchie du travail, des moyens de travail adaptés et une approche intégrée de la prévention.

Sources :

  1. Abubakar A. Babangida, Yohama Caraballo-Arias, Francesco Decataldo and Francesco Saverio Violante (2025). Advancing Occupational Medicine through Wearable Technology: A Review of Sensor Systems for Biomechanical Risk Assessment and Work-Related Musculoskeletal Disorder Prevention. Sensors https://doi.org/10.1021/acssensors.5c01578
  2. Lee, R., James, C., Edwards, S., Skinner, G., Young, J. L., & Snodgrass, S. (2021). Evidence for the Effectiveness of Feedback from Wearable Inertial Sensors during Work-Related Activities: A Scoping Review. Sensors (Basel, Switzerland), 21. https://doi.org/10.3390/s21196377
  3. Lind, C. (2024). A Rapid Review on the Effectiveness and Use of Wearable Biofeedback Motion Capture Systems in Ergonomics to Mitigate Adverse Postures and Movements of the Upper Body. Sensors (Basel, Switzerland), 24. https://doi.org/10.3390/s24113345
  4. Lind, C. (2024). Effectiveness of Sensors-Based Augmented Feedback in Ergonomics to Reduce Adverse Biomechanical Exposure in Work-Related Manual Handling—A Rapid Review of the Evidence. Sensors (Basel, Switzerland), 24. https://doi.org/10.3390/s24216977
  5. Lind, C., Diaz-Olivares, J., Lindecrantz, K., & Eklund, J. (2020). A Wearable Sensor System for Physical Ergonomics Interventions Using Haptic Feedback. Sensors (Basel, Switzerland), 20. https://doi.org/10.3390/s20216010 
  6. Martins, D. R., Cerqueira, S. M., & Santos, C. P. (2024). Combining inertial-based ergonomic assessment with biofeedback for posture correction: A narrative review. Comput. Ind. Eng., 190, 110037. https://doi.org/10.1016/j.cie.2024.110037
  7. Stefana, E., Marciano, F., Rossi, D., Cocca, P., & Tomasoni, G. (2021). Wearable Devices for Ergonomics: A Systematic Literature Review. Sensors (Basel, Switzerland), 21. https://doi.org/10.3390/s21030777
  8. Filippo Motta 1, Tiwana Varrecchia, Giorgia Chini, Alberto Ranavolo and Manuela Galli (2024). The Use of Wearable Systems for Assessing Work-Related Risks Related to the Musculoskeletal System - A Systematic Review. International Journal of Environmental Research and Public Health https://doi.org/10.3390/ijerph21121567
  9. Nor Aslina Abd Jalil, Siti Maisarah Amdan, Zuraida Jorkasi, Kamariah Hussein and Nooraini Jamal (2025). A Systematic Review of Motion Capture Technologies Applied to Ergonomic Assessment. International Journal of Research and Innovation in Social Science https://doi.org/10.47772/ijriss.2025.910000844